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Justice sociale et inclusion face aux mariages d’enfants: cas de la Cote d’ivoire et du Sénégal

CONTEXTE ET JUSTIFICATION DE LA RECHERCHE

Au niveau mondial, le nombre de filles mariées avant 18 ans est estimé à 15 millions chaque année. Dans de nombreux pays africains, près de 15% des filles se marient avant leur quin-zième anniversaire . Selon l’UNICEF (2014), l’Afrique de l’Ouest connait le taux le plus élevé de mariages précoces. Avec 49% des filles de moins de 19 ans vivant en unions conjugales, comparativement à l’Afrique centrale (40%), l’Afrique de l’Est (27 %), l’Afrique du Nord et l’Afrique Australe (20%). Les projections statistiques indiquent que si des actions efficaces ne sont pas entreprises, ce chiffre pourrait atteindre 16,5 millions en 2030. À ces tendances s’ajoutent des taux élevés de pauvreté et d’abandon des études chez les adolescents (surtout chez les filles), ainsi qu’un faible recours aux services de santé reproductive.Le mariage précoce, avec ses conséquences néfastes sur les enfants victimes, constitue une entrave majeure au processus de développement économique et social. Il contribue largement aux taux élevés de mortalité maternelle et post-infantile dans cette région. En outre, le mariage d’enfants conduit à l’abandon de la scolarité, diminue le niveau d’éducation des filles et favo-rise la transmission intergénérationnelle de la pauvreté (Walker, 2012). De ce point de vue, il constitue une violation flagrante des droits des garçons et des filles tels que garantis par les différents instruments juridiques nationaux, régionaux et internationaux ratifiés par les États. En particulier, il va à l’encontre du Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’homme et des Peuples, relatif aux droits des femmes en Afrique et la Charte Africaine des Droits et du bien-être de l’enfant.
Les politiques, programmes et stratégies de lutte, sont certes salutaires et produisent un recul des mariages d’enfants dans certains pays de la région, cependant, ils ont montré leurs limites. Par exemple, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, les évaluations indiquent un recul des mariages d’enfants et des grossesses précoces. Toutefois, cette évolution reste relative et varie selon les régions et les zones de résidence.

PROBLÉMATIQUE SOULEVÉE

La présente recherche est menée par le Groupe d’Etudes et de Recherches Genre et Sociétés -GESTES- de l’Université Gaston Berger en collaboration avec des collègues de l’Université Houphouet Boigny de Cote d’Ivoire. Elle bénéficie du soutien technique et financier du Centre Canadien pour le développement international le CRDI. Elle interroge les politiques et programmes de lutte contre les mariages d’enfants dans les zones urbaines et rurales en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Elle ambitionne de proposer des alternatives contre les mariages d’enfants dans les zones urbaines et rurales dans une perspective de justice sociale et d’égalité de genre en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Elle compte produire et rendre disponibles les don-nées collectées pour tous les acteurs publics et privés qui ne disposent pas toujours de données probantes.

DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE

Le cadre conceptuel de l’étude est articulé autour de trois axes spécifiques : les droits hu-mains, la violence de genre et le changement social. Ces approches permettent de disposer d’une base de données autour des mariages d’enfants et des mécanismes capables de produire des changements de comportements et d’attitude.
La recherche adopte une approche régionale, collaborative et comparative dans deux (02) pays de l’Afrique de l’ouest, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Elle s’appuie, d’une part, sur la production de connaissances et, d’autre part, sur des activités de renforcements de capacité des jeunes femmes afin qu’elles puissent porter elles-mêmes la lutte contre les mariages d’enfants . En outre, les résultats vont déboucher sur la formulation de recommandations stra-tégiques à l’endroit des décideurs publics, de la société civile, des communautés. La réalisation de cette recherche se fait en trois (03) phases complémentaires.

La phase de production de connaissance permet d’exploiter les données bibliographiques et statistiques sur les dynamiques du mariage. Il s’agit, dans un premier temps, de capita-liser les résultats de la recherche bibliographique et de cartographier des programmes et initiatives de lutte portant sur la problématique des mariages d’enfants. L’analyse des données issues de la cartographie permettrons de mesurer l’efficience des programmes et initiatives de lutte contre les mariages d’enfants dans les zones d’intervention. Dans un deuxième temps, la prévalence des mariages d’enfants, les facteurs qui motivent la persistance ou la baisse de la pratique dans les communautés cibles seront aussi analysées à partir des données d’enquête des institutions nationales de statistiques disponibles sur les mariages d’enfants. Des visites auprès des inspections d’académique et écoles permettront de collecter le taux d’abandon des filles et des garçons en raison des mariages et grossesses précoces. Les structures s’occupant de ces questions comme les ONG conseils centres ados peuvent aussi renseigner. Des enquêtes qualitatives (entretiens et focus groups) seront aussi menées dans une perspective d’identifier et de comprendre les déterminants des résultats différenciés des politiques et des programmes. 

Dans la deuxième phase, les connaissances produites seront utilisées pour développer des approches et stratégies visant à renforcer la capacité des acteurs particulièrement les jeunes. Des rencontres seront organisées avec le Réseau des Jeunes Femmes Leaders mis en place par la CEDEAO, pour identifier leurs besoins en termes de renforcement de capacités. Des séries d’ateliers de formation seront organisées dans la perspective de renforcer le leadership de ces jeunes. Dans une perspective de changement social et comportemental, des mécanismes adéquats seront aussi identifier pour faire des acteurs sociaux traditionnels, religieux et des communautés des alliés stratégiques. Un programme de renforcement de capacités en direction de ces acteurs est envisagé.

Dans la troisième phase du projet, des stratégies innovantes par les TIC dans le but de renforcer les capacités des acteurs et agir sur le changement social et comportemental dans les deux pays seront développées. Des outils adéquats seront élaborés. Des ateliers seront organisés à cet effet pour faciliter l’appropriation des innovations proposées. L’approche de communication adoptée sera inclusive avec la participation de tous les acteurs. En mettant à profit la plateforme WEB-SMS développées par le GESTES, le projet suscitera l’engagement actif et itératif des utilisateurs au niveau national et sous régional. Une stratégie de communication est envisagée via les réseaux sociaux sera élaborée pour créer un espace sous-régional de discussion avec les jeunes, les chercheurs et les différentes parties prenantes. L’innovation dans le cadre du projet consiste à passer par la technologie Over The Top (OTT) qui est largement utilisée par les jeunes. En effet, les réseaux sociaux comme Viber et Whatsapp (publics chat) permettent actuellement aux jeunes de communiquer en temps réel sur plusieurs sujets . Le choix des OTT au début du projet était principalement justifier par l’évolution et les groupes sur Viber. Actuellement, à cause des restrictions sur cette plate-forme, elle ne figure plus comme une plateforme majeure en Afrique de l’Ouest. Parallèlement, WhatsApp connait une évolution rapide dans le pays. Les grou-pes sont fortement utilisés par toutes les catégories sociales. Cependant, le contrôle de ces groupes n’est pas identiques à celui de Viber. En outre, le projet de loi entrepris par le gouvernement du Sénégal menace la vulgarisation de cette plateforme.

Par conséquent, concernant l’objectif d’utiliser les OTT pour le projet sur les ma-riages d’enfants, il est mieux de créer un groupe ou une page sur Facebook en mettant toujours à profit deux groupes au Sénégal regroupant des centaines de milliers de femmes. Il s’agit principalement de Femmes chic et Ladies Club, Ma-ternita Dakar, Sama dieukeur sama kharit… Mettre en synergie ces actrices au-tour d’un projet de lutte contre les mariages d’enfants serait innovant. Une re-cherche pour voir si de telles initiatives existent dans les pays de la sous région. A partir d’une collaboration entre ces différentes entités, il sera possible pour GESTES soit d’utiliser ces plateformes pour communiquer soit de mettre en place une plateforme sous régionale. Cela peut participer à la pérennité puisque ces initiatives existent déjà. GESTES pourra y partager les résultats de recherche.